Les Humanités Numériques. To be or not to be ?

Les Humanités Numériques (HN) ou Digital Humanities (DH) font depuis quelques années le buzz sur le Web. Mot à la mode, concept fourre tout, signe extérieur de modernité ou cri de ralliement d’une communauté insaisissable de chercheurs, les Humanités Numériques semblent avoir emprunté au Web les caractéristiques d’un marketing viral puissant et qui s’inscrit dans le temps.

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On ne finit plus de compter les universités à travers le monde qui créent un master, un département, une unité de recherche consacrés aux HN. Que dire alors de la littérature spécialisée qui semble avoir trouvé là un gisement inépuisable d’articles et de communications. Les Sciences Humaines et Sociales (SHS) sont depuis plusieurs années traversées par cette dynamique. Mais que sont au juste ces Humanités Numériques ? Comment cela fonctionne-t-il ? Quels en sont les acteurs et les outils ? Ce premier article consacré au sujet (il en viendra d’autre, à coup sûr) se présente comme un essai de définition, une tentative à travers les déclarations des acteurs mêmes des HN, de cerner ce que pourraient être ces fameuses HN.

 « …au croisement de l’informatique et des arts, lettres, sciences humaines et sciences sociales « 

Pour un tel sujet, il est inévitable de consulter le Web et d’en parcourir les nombreuses pages de résultats proposés par les moteurs de recherche. L’article de Wikipédia consacré aux HN propose une première définition :

« Les humanités numériques (ou humanités digitales) sont un domaine de recherche, d’enseignement et d’ingénierie au croisement de l’informatique et des arts, lettres, sciences humaines et sciences sociales. Elles se caractérisent par des méthodes et des pratiques liées à l’utilisation des outils numériques, en ligne et hors ligne, ainsi que par la volonté de prendre en compte les nouveaux contenus numériques, au même titre que des objets d’étude plus traditionnels. Les humanités numériques s’enracinent souvent d’une façon explicite dans un mouvement en faveur de la diffusion, du partage et de la valorisation du savoir ».

 Outre Atlantique, l’Alliance of Digital Humanities Organizations (adho) est une fédération d’associations consacrées aux HN dont le but est la promotion de la recherche et de l’enseignement en HN. On y retrouve ainsi un certain nombre d’acteurs à travers le monde (USA, France, Canada, Australie, Japon et plus largement, Europe). Bethany Nowviskie, chercheuse en HN et administratrice du forum Digital Humanities Questions / Answers (hébergé par le site Adho) apporte l’éclairage suivant :

the definition of the « digital humanities » is something that an international and very diverse community of scholars and practioners is continually formulating — rethinking, questioning, and demonstrating through projects and collaborations of different sorts”.

En France, les HN sont représentées par l’association Humanistica . Créée en 2014, elle est le principal acteur de la promotion des HN dans l’hexagone. Deux textes fournissent un certain nombre d’éléments de définition : le Manifeste des digital Humanities, rédigé lors du ThatCamp de Paris en 2010 (sorte d’acte fondateur et préfigurateur de la structuration de ce « mouvement ») ; ainsi que la présentation proposée sur le site de l’association :

manifeste-hn

Le tournant numérique pris par la société modifie et interroge les conditions de production et de diffusion des savoirs.

– Pour nous, les digital humanities concernent l’ensemble des Sciences humaines et sociales, des Arts et des Lettres. Les digital humanities ne font pas table rase du passé. Elles s’appuient, au contraire, sur l’ensemble des paradigmes, savoir-faire et connaissances propres à ces disciplines, tout en mobilisant les outils et les perspectives singulières du champ du numérique.

– Les digital humanities désignent une transdiscipline, porteuse des méthodes, des dispositifs et des perspectives heuristiques liés au numérique dans le domaine des Sciences humaines et sociales.

Extrait du site Humanistica

Les HN « désignent généralement la rencontre féconde entre sciences humaines et sociales et technologies numériques. Les définitions varient, entre mouvement « politique », renouvellement de disciplines traditionnelles et nouvelle transdiscipline, mais on s’accorde à considérer qu’il s’agit avant tout d’une communauté de pratique qui rassemble celles et ceux dont les champs de recherche sont transformés par ces nouveaux outils et leur épistémologie ».

« Ouvrir le capot du Web pour regarder le fonctionnement et les rouages de cette machine sociotechnique »

Transdiscipline, rencontre entre les SHS et les technologies numériques, mouvement, communauté de pratiques, nouvelles méthodes, diffusion et partage du savoir… Il n’y aurait donc pas de définition définitive. Et c’est tant mieux. Notion en évolution, insaisissable (voici là toute sa force mais aussi peut être toute sa faiblesse…), les HN s’offrent à qui veut bien s’en saisir. Sociologues, informaticiens, historiens, géographes… c’est par la pluralité des approches que cette nouvelle manière d’aborder le fait social avance en s’enrichissant et en produisant de la connaissance.

Gageons que ce mouvement de fonds entamé depuis plus de 25 ans conserve sa dynamique de questionnement et de stimulation intellectuelle. Qu’il reste enthousiasmant et donne envie aux jeunes chercheurs comme aux amateurs d’idées d’ouvrir le capot du Web pour regarder le fonctionnement et les rouages de cette machine sociotechnique. Pour ce faire, les HN et ses promoteurs doivent éviter l’écueil de l’enfermement idéologique tout en luttant contre la fascination pour une technologie qui apparaît sans limite et qui présente les attraits tant convoités d’une science de l’exactitude faite de chiffres, de graphes, de big data et de cartographies de réseaux numériques.

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Les HN ne doivent pas construire une chapelle(ni même une contre-chapelle opposant aux règles académiques en vigueur, une forme de pensée en réseau, une écriture collective et des droits d’accès à la connaissance totalement ouverts – nous verrons cela dans un prochain article…) mais représenter une invitation à l’innovation constante, au partage et à l’agilité intellectuelle.

Être ou ne pas être, là n’est donc pas la question. S’il semble vain de vouloir définir les HN en les enfermant et en les réduisant à ce qu’elles sont, nous privilégierons dans les articles à venir le chemin plus fécond de la description de leurs activités. A l’« être », nous préférerons alors toujours le « faire » (autre clin d’œil à la cyberculture…) pour la vision dynamique que cette approche méthodologique offre à l’analyse de l’activité humaine en ligne et hors ligne.

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